samedi 10 octobre 2015

Paludisme et végétation


Une plante tropicale sud-américaine favorise
la diffusion du paludisme en Afrique de l'est.


Le prix Nobel de physiologie/médecine 2015 a récompensé la chinoise Youyou Tu pour « ses découvertes concernant un nouveau traitement contre le paludisme ». Toutefois, aujourd'hui, la meilleure façon de ne pas souffrir du paludisme reste de ne pas se faire piquer par un moustique du genre Anopheles porteur du parasite à l'origine de la maladie. Or, Vincent Nyasembe, du Centre international de physiologie et d'écologie des insectes (ICIPE) de Nairobi, au Kenya, et ses collègues viennent de montrer, dans la revue scientifique PlosOne, qu'une plante originaire d'Amérique, qui a aujourd'hui envahi une bonne partie de l'Afrique, favorise la survie de ces moustiques.

Selon les plus récents chiffres donnés par l'OMS, en 2013, près de 200 millions de cas de paludisme ont été recensés dans le monde. Le continent africain paie le plus lourd tribut, avec près de 90% des 584 000 morts. Et 78% de ces morts sont des enfants de moins de 5 ans.

L'une des difficultés de la lutte contre le paludisme tient à son mode de transmission. La maladie est en effet causée par un parasite, du genre Plasmodium (4 espèces sont concernées). Mais une partie du cycle de vie de ce parasite se déroule dans l'intestin d'un moustique anophèle. En piquant une personne infectée, puis des personnes saines, ce moustique répand le paludisme.

Les anophèles, toutefois, ne se nourrissent pas seulement de sang. Comme bien d'autres insectes, ils apprécient les fleurs, qui leur fournissent, par leur nectar, sucres et protéines utiles à leur survie. Les entomologistes kényans et leurs collègues se sont demandés si l'envahissement de certains environnements par la plante Parthenium hysterophorus, originaire d'Amérique, pouvait influer sur cette survie.

Ils ont donc soumis des femelles (les mâles ne piquent pas l'homme) de l'espèce Anopheles gambiae à différents régimes alimentaires. Plus précisément, ils ont comparé leur survie à deux semaines lorsqu'elles se nourrissaient exclusivement sur des fleurs de Parthenium hysterophorus, ou de celles de deux autres plantes communes au Kenya, Ricinus communis, et Bidens pilosa. Résultats : Ricinus communis est la plus favorable, devant Parthenium hysterophorus ; Bidens pilosa, cultivée comme légume pour l'alimentation humaine, réussit en revanche beaucoup moins aux moustiques.

Une analyse chimique plus poussée du contenu des intestins des moustiques à différentes étapes de leur alimentation montre par ailleurs que Parthenium hysterophorus leur fournit plus de lipides que les deux autres plantes. Or les lipides interviennent à la fois dans la viabilité des oeufs et dans les interactions entre le moustique et le Plasmodium. Au-delà de la survie des individus, l'impact de Parthenium hysterophorus sur leur capacité à se multiplier et à favoriser le développement du parasite mériteraient d'être étudiés.

Cette étude incite, selon les auteurs, à lutter contre l'envahissement par Parthenium hysterophorus. Dans ce cas précis, ce n'est qu'une raison de plus : la plante est toxique pour l'homme et pour le bétail. Mais on pourrait plus largement s'interroger sur l'impact des cultures commerciales, qui attribuent d'immenses superficies à des plantes importées ou autrefois confidentielles, sur la survie des anophèles et la propagation du paludisme.

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